Mardi 15 avril 2008. Alerte sur la faim dans le monde.

Au cours de leurs  » assemblées de printemps « , le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont évoqué le week-end dernier la crise alimentaire qui s’amorce à l’échelle mondiale. L’Onu a rédigé un document selon lequel la hausse des prix des produits agricoles serait structurelle et non passagère. La crise pourrait massivement toucher les milieux urbains pauvres où les organisations d’aide n’ont que peu d’expérience.
Dominiquie Strauss-Kahn, directeur général du FMI, a affirmé qu’elle peut avoir non seulement des conséquences humanitaires, mais aussi qu’elle peut engendrer des déstabilisations politiques.

Qu’est-ce qui a augmenté et de combien ?
Selon la Banque mondiale, les prix alimentaires ont augmenté de 83 % au cours des trois dernières années.
Le blé a augmenté de 181 % sur la même période.
Le cours du maïs (très utilisé pour les biocarburants) a plus que doublé en un an.
Le riz a augmenté de près de 30 % entre 2005 et 2007 (en Afrique, son prix a doublé l’an dernier).
Le cours des produits laitiers a progressé de 120 % entre septembre 2006 et septembre 2007.

Quelles sont les causes de la flambée des prix ?
Les causes sont multiples et leurs poids discutés :
– augmentation de la demande (200 000 habitants supplémentaires chaque jour), et notamment en Chine ou en Inde où les niveaux de vie progressent (les gens mangent plus et mangent plus de viande)
– phénomènes climatiques (sécheresse en Australie)
– hausse du cours du pétrole (qui entraîne l’augmentation du prix du fret de façon directe et l’attrait pour les biocarburants de façon indirecte)
– subvention des cultures destinées aux biocarburants (entre 20 % et 50 % de la production mondiale de maïs ou de colza y sont maintenant destinés ; l’Union européenne veut que la part des biocarburants atteigne 10 % ; George Bush vise 15 % d’ici à 2017 ; Jean Ziegler parle de  » crime contre l’humanité  » à propos des subventions)
– crise des marchés financiers qui fait des matières agricoles un objet de spéculation

Quels pays sont concernés ?
Selon la Banque mondiale, 33 pays seraient menacés et 100 millions de personnes vivant dans les pays les plus pauvres sont menacés d’être poussés dans la misère.
Les manifestations contre la hausse des prix des denrées alimentaires se multiplient : en HaÏti, en Egypte, au Pakistan, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, en Mauritanie, en Ethiopie, à Madagascar, aux Philippines, au Bangladesh, en Indonésie.
Depuis début mars, la Chine, l’Inde, le Vietnam et l’Egypte contrôlent ou empêchent les exportations de riz. La demande s’est tournée vers la Thaïlande (premier exportateur de riz au monde) qui ne peut faire face à la demande bien qu’elle exporte la moitié de se production ; les champs de riz y sont maintenant gardés par l’armée. Il n’existe aucune discussion entre les pays producteur pour gérer la crise.
En Haïti (le pays le plus pauvre du continent américain), le premier ministre Jacques Edouard Alexis a été poussé à la démission à la suite d’émeutes qui ont conduit à la mort de 5 personnes. Le président René Préval a annoncé samedi 12 avril un plan d’urgence pour faire baisser le prix du riz (importé à 80 %) de 15 %. Haïti va recevoir 10 millions de dollars de la part de la banque mondiale (qui a fourni environ 220 millions de dollars à ce pays depuis 2005) pour tenter de mettre fin à la crise.

Et maintenant ?
Le Programme alimentaire mondial connaît une crise de trésorerie. Pour nourrir 73 millions de personnes dans 78 pays, l’agence a besoin de 3,4 milliards de dollars contre 2,9 initialement prévus.
Le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a appelé à un  » new deal alimentaire  » et aux dons.
La Banque mondiale prévoit de presque doubler ses prêts agricoles à l’Afrique pour les porter à 800 millions de dollars.
La FAO (l »organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) prévoit de meilleures moissons en 2008 par rapport à 2007 (+2,6 % pour le blé), mais qui ne seront pas suffisantes pour faire baisser durablement les prix : la facture céréalières pour les pays pauvres devrait augmenter de 56 % cette année.
Sur le long terme, le FMI et la Banque mondiale prônent pour une augmentation des surfaces agricoles et de leur productivité.

Références
Dépêches
LeMonde.fr avec AFP et Reuters
LeMonde.fr avec AFP et AP

Articles
RFI :  » L’Afrique résiste à la crise, mais plus pour longtemps « 
RFI :  » La tension reste vive après dix jours d’émeutes « 
RFI :  » Clôture de la réunion des grands argentiers de la planète « 
Libération :  » Jean Ziegler «Une hécatombe annoncée» « 
RFI :  » Emeutes de la faim : destitution du Premier ministre « 
RFI :  » Crise alimentaire : l’ONU s’attend au pire « 
Le Monde.fr :  » La Banque mondiale et le FMI tentent de mobiliser face à l’envolée des prix alimentaires « 
La Croix :  » Le monde prend conscience de la crise alimentaire « 
La Croix :  » De très fortes tensions sur les prix alimentaires « 
Le Figaro :  » La crise alimentaire, défi majeur du XXIe siècle « 
Libération :  » Émeutes de la faim : les raisons de la colère « 
Libération :  » Egypte «Sans les subventions, la situation aurait déjà explosé» « 
Libération :  » Bangkok peine à répondre à la demande mondiale « 

Documents
Le rapport de la Banque mondiale
Une carte des pays les plus touchés sur le site de La Croix
Un portfolio sur les violences en Haïti sur le site du Monde
Un portfolio sur les différents mouvements autour du monde sur le site du Figaro

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